Le coronavirus aura-t-il un effet positif sur le développement du digital?

Le confinement est un sujet récurrent ces derniers temps. Je ne m’étalerai donc pas sur le sujet en tant que tel mais je vais l’aborder d’un point de vue digital. Comment cette crise va peut-être permettre la digitalisation des petites entreprises et développer de nouveaux services, de nouveaux modes de fonctionnement?

 

Première conséquence du confinement sur le digital: le télétravail

 

Faire du télétravail (ou « home office ») est une notion qui apparaissait de plus en plus régulièrement dans les entreprises ces dernières années. La France restait toutefois à la traîne face au reste de l’Europe et surtout par rapport aux pays du Nord. Les statistiques ne sont pas évidentes à trouver et à comparer car les données utilisées pour définir s’il s’agit de télétravail ou non ne sont pas toujours les mêmes. J’ai trouvé quelques données sur le blog de RH Kronos. 

 

Quelques chiffres

 

En 2016, RH Kronos estimait à 16,7% la proportion de Français qui faisaient du télétravail, que ce soit ponctuellement ou de manière régulière. Les pays d’Europe du Nord seraient quant à eux, à environ 35% de salariés qui travaillent à distance. 

Aujourd’hui, les chiffres ne sont pas encore visibles mais si je fais un tour d’horizon dans mon entourage familial, sur 7 personnes , 1 d’entre d’eux faisait déjà du télétravail (= 14.3% de ma famille) avant alors que toutes les autres allaient tous les jours au bureau. Aujourd’hui,  3 autres personnes, travaillent également de chez eux. Nous passons à 57.1% de ma famille qui travaille en home-office. En gros, toutes les personnes ayant un emploi de bureau, font du télétravail. Cela représente une évolution très rapide.

 

 

Pourquoi les entreprises ont-elles attendu d’être au pied du mur?

 

Les employeurs justifient souvent leur refus de télétravail pour des problèmes techniques et/ou législatifs. Certaines entreprises n’ont effectivement pas la structure informatique permettant de maintenir la sécurité des données ou tout simplement, le travail ne peut pas se faire en dehors du réseau de l’entreprise. 

 

Pour le versant législatif, le Code de Travail impose à l’employeur d’assurer la sécurité de son employé, même lorsqu’il travaille chez lui. Pour avoir étudié la question dans mon précédent emploi, effectivement, le télétravail implique la prise en compte de nouveaux risques et donc la mise en place de mesure préventive, mais en dehors de l’entreprise. Depuis les ordonnances Macron modifiant le Code du Travail, la mise en place du télétravail peut se faire sans avenant au contrat de travail, ce qui simplifie la démarche. Par contre, tout accident ayant lieu durant les heures de travail pourra toujours être considéré comme un accident de travail. 

 

Le télétravail a été mis à profit  durant les grèves de fin 2019. Mais à ce moment-là, les plus concernés restaient les personnes des grandes villes. Aujourd’hui, avec la crise liée au COVID-19, toute la population est concernée! Ville ou campagne, TPE ou sociétés internationales, toutes les entreprises ont dû trouver des solutions, en urgence pour permettre une continuité des services. 

 

Des entreprises pleines de ressources quand c’est une nécessité économique

 

Personnellement, je suis assez surprise que, toutes les entreprises (ou presque) aient pu trouver des solutions… Même celles qui, il y a encore quelques mois, refusaient le télétravail pour diverses raisons. Problèmes qui semblent avoir été résolus en un claquement de doigt face au risque d’arrêt d’activité… Mon ton est légèrement ironique car cela me fait penser à tous les clins d’œil que l’on voit passer sur les réseaux sociaux concernant la capacité à assurer la transition écologique en moins d’une semaine (image tirée de la page Facebook de Marie Youpie)

La preuve qu'une transition écologique est possible en moins d'une semaine

Dans ce cas, nous pourrions écrire: « Nous avons maintenant la preuve qu’une transition vers le télétravail est possible en moins d’une semaine »

 

Quelle sera la suite à donner par rapport à tout cela?

 

Une fois la crise passée, comment ces entreprises vont-elles gérer les demandes de leurs employés qui ont maintenant goûté au confort du télétravail? Bien sûr, les parents de jeunes enfants n’auront peut-être pas envie de revivre cette expérience avant un moment mais habituellement, les enfants vont à l’école quand les parents travaillent.

 

Personnellement, je pense que travailler de chez soi est un véritable avantage (c’est un peu pour ça que j’ai choisi ce nouveau métier). Les bénéfices du télétravail sont nombreux, comme le rappelle l’infographie de RH Krono. 

J’espère que les entreprises en profiteront pour établir de nouvelles règles de fonctionnement concernant ce mode de travail. Cela dans un but d’améliorer la Qualité de Vie au Travail de leurs employés et peut-être aussi de se préparer à d’éventuelles nouvelles crises, qu’elles soient virales ou autres.

 

Que faut-il faire pour que le télétravail soit efficace dans la durée?

 

Il faut éviter ça:

En tant qu’employeur, vous avez des objectifs à atteindre, des missions à assurer. Vu l’urgence de la situation en début de semaine, il y a de fortes chances pour que plusieurs de vos collaborateurs se soient retrouvés face à des outils et des situations inconnus. Bien entendu, difficile de les former en quelques heures. Il faudra donc prévoir des sessions de formation à leur retour en entreprise afin qu’ils puissent poursuivre le télétravail de manière plus régulière.

 

Il ne faudra pas non plus négliger l’aspect sécurité du télétravail. Comme je le disais plus haut, il faut anticiper de nouveaux risques, mettre des mesures préventives en place et donc, former le personnel à ces problématiques. Peut-être que certaines personnes auront également des questions concernant la gestion de la vie pro/perso qui est différente lorsque l’on est chez soi toute la journée.

Bref, tout un programme…. Mais vu que les activités sont en baisse, vous avez un peu de temps pour y réfléchir!

Deuxième conséquence du confinement sur le digital: le besoin en digitalisation des TPE et PME

 

Qu’il s’agisse du télétravail comme je le disais précédemment ou d’une nécessité de vendre différemment, je pense que de nombreuses petites entreprises ou entrepreneurs individuels se sont retrouvés confrontés soudainement à un manque de digitalisation de leur entreprise.

 

Je m’explique :

Depuis longtemps, le commerce en ligne met à mal les boutiques indépendantes et locales. Pour contrer ces offres toujours plus alléchantes, les petits commerçants misaient tout sur l’accueil, le conseil et la proximité

 

Que se passe-t-il quand personne ne peut venir en magasin (ou au restaurant)?

 

Avec l’annonce brutale de la fermeture de bons nombres de commerces, puis du confinement de la population, la plupart des commerces de proximité se sont retrouvés totalement désemparés, avec des produits en stock, périssables ou non, et une quasi-impossibilité de les vendre. Je dis “quasi” parce que j’ai vu passer beaucoup de publications sur Facebook disant qu’un drive était possible, que les gens pouvaient passer commande par téléphone et qu’une livraison était envisageable. Les prestations de service sont également proposées en virtuel: consultations de naturopathie, séance de sport, etc. Toutes ces démarches sont tout à fait pertinentes mais ont-elles pu être suffisamment relayées?

 

Vu la situation actuelle, le seul mode de communication possible est virtuel:  les réseaux sociaux et autres messageries. Il reste bien sûr le téléphone mais ces entreprises ont-elles un fichier client complet…? Et ont-elles le temps de les appeler un à un…? Je ne pense pas.

 

Publications noyées dans la masse

 

Concernant les réseaux sociaux, si aucune communication n’était faite habituellement par l’entreprise, je peux vous garantir que ces publications là n’ont pas été vues par grand’monde (merci l’algorithme…). Cela est d’autant plus vrai que le nombre de posts a explosé ces derniers jours, chacun y allant de son commentaire concernant le coronavirus.

Heureusement, les partages massifs en ont sauvées quelques unes mais je pense que beaucoup n’ont pas atteint leurs cibles.

 

De la même manière, si les dirigeant(e)s d’entreprises ne s’étaient jamais intéressé(e)s aux publications payantes et autres publicités via les réseaux, ce n’est pas dimanche matin, après une nuit ponctuée d’incertitudes et d’angoisses qu’ils allaient s’y mettre. Ce sont des choses à étudier et à planifier. Faire des publications sponsorisées “au hasard” n’est pas conseillé.

 

L’absence de boutique en ligne

 

Une autre facette de la commande “drive” tentée par de nombreuses personnes est le manque de catalogue en ligne. Forcément, Internet n’étant pas leur fonctionnement habituel, quel était l’intérêt pour eux d’avoir une boutique virtuelle? Du coup, j’imagine que les commandes passées par téléphone ont parfois dues être compliquées:

“Alors vous avez quoi en rayon?

-Plein de choses! Qu’est-ce qu’il vous faut? 

– Des pâtes.

– OK. Alors j’ai des macaronis, des spaghettis de la marque X, des spaetzles fraîches.

– C’est quoi les prix? Et la date de péremption des spaetzles?

-…..” 

 

Un échange qui peut durer des heures… Alors que si il y avait une boutique en ligne, les gens pourraient choisir facilement les produits qui les intéressent et ils auraient toutes les informations sous les yeux. Avoir un paiement en ligne n’est pas une obligation si les gens viennent récupérer leur commande à la boutique mais cela permet d’éviter les paniers non récupérés et aussi, réduire les contacts au maximum. Afin de faciliter la création d’une boutique en urgence, j’ai proposé ce tutoriel aux commerçants et restaurateurs des environs.

 

Est-ce que cela sera encore utile à la fin du confinement?

 

Cette crise et les difficultés qui y sont liées doivent nous faire réfléchir. Nous devons en tirer partie pour ne pas être confrontés à des difficultés similaires “la prochaine fois”. Je ne souhaite pas qu’il y ait “une prochaine fois” mais cela ne peut être exclu. 

 

Et si la digitalisation des petites entreprises leur permettait de lutter un peu plus face aux géants de la consommation, au moins ce virus n’aura pas été inutile. 

 

Cette lutte des petits contre les grands sera d’autant plus importante en sortie de crise. Il va falloir soutenir nos commerces de proximité, mis à mal par ce virus. Pour cela, il faut que nous changions nos modes de consommation. Mais comme les clients veulent retrouver les mêmes services partout, nous en revenons à cette “mise à niveau” digitale des commerces locaux.

 

Là encore, en tant que dirigeant(e), prenez ce temps que vous avez devant vous pour y réfléchir. Demandez vous quels sont les services que vous souhaiteriez proposer, comment vous pouvez améliorer votre présence sur le web, etc. Je suis là pour vous aider, donc n’hésitez pas.

Mais la digitalisation globale entraîne un dernier point…

Troisième conséquence du confinement sur le digital: la digitalisation des technophobes

 

En lisant les paragraphes précédents, vous avez du vous dire “OK c’est bien gentil ses théories, mais ceux qui n’ont pas accès à Internet etc. Ils sont tout de même coincés!”

Effectivement, de nombreuses personnes ne pourront pas profiter d’Internet pour faire leurs courses pendant le confinement ou même se divertir… Par “technophobes” j’entends toutes ces personnes qui sont réticentes à l’utilisation des nouvelles technologies. Elles ne s’y intéressent pas ou sont tout simplement dépassées par toutes ces nouveautés.

 

Je suis sûre que dans votre entourage vous avez une ou plusieurs personnes qui seront vraiment 100% confinées du fait de leur non-utilisation d’Internet… Et oui, pas Internet = pas d’autorisation de sortie vu que le formulaire ne se trouve qu’en ligne…. 

 

Et il y aura aussi davantage de personnes isolées socialement. Vous auriez bien voulu faire coucou à Mamie via Skype ce week-end comme vous ne pouvez pas lui rendre visite. Malheureusement, Mamie n’est pas équipée et de toute façon “elle n’y comprend rien”… Et peut-être aurait-elle eu besoin que la supérette du coin assure une livraison , mais va-t-elle penser à lui passer une commande par téléphone? 

 

C’est un peu tard maintenant…

 

Alors bien sûr, ce n’était pas lundi soir que vous alliez expliquer à Mamie comment se connecter sur la boutique de sa maraîchère préférée… Il était un peu trop tard pour lui acheter une tablette ou un ordi et lui montrer comment ça fonctionne. 

 

Mais à nouveau,  je vous encourage à y réfléchir pour la suite. Une fois que nous pourrons à nouveau rendre visite à notre famille, pourquoi ne pas leur offrir une tablette et passer du temps avec eux pour leur expliquer comment Internet fonctionne, comment se connecter à Skype pour qu’ils puissent nous voir malgré la distance? 

 

Prendre le temps d’expliquer

 

Dans ma famille, tout le monde se sert des outils informatiques sans problème, tout le monde, sauf ma grande tante, qui est comme une 3ème grand-mère pour moi. Et franchement, je suis inquiète pour elle. Elle qui voit beaucoup de monde habituellement, quel choc d’être coupée ainsi de tous!  Si j’avais anticipé, elle aurait peut-être pu faire une séance de visio avec nous ou même avoir un peu de lecture sur une tablette… 

 

Alors bien entendu, les explications ne seront pas faciles et je pense que beaucoup d’entre vous sont déjà effrayés à l’idée de passer des heures de « Yo, mais ch’comprends donc rien à ton truc là! » (à lire avec le petit accent alsacien si prononcé chez nos aïeux).

 

Donc ma prochaine mission: trouver du matériel facile à utiliser et réfléchir à la manière d’expliquer Internet aux personnes allergiques à l’informatique.

 

Rester positif et se tourner vers l’avenir

 

Je pense que pour tout le monde, il y a aura un “après COVID-19”, aussi difficile qu’il soit, nous devons en faire une force. Il s’agit du principe même de l’amélioration continue: nous sommes face à un problème, nous le résolvons du mieux possible, nous en tirons des leçons et nous faisons ce qu’il faut pour éviter que cela se reproduise. 

 

Nous sortirons grandis et plus forts de cette épreuve! Bien entendu, je serai là pour vous aider à revoir la digitalisation de votre entreprise le moment venu.

 

Voilà, vous êtes arrivés au bout de cet article! Félicitations! 

 

Je vous ai livré dans cet article des réflexions personnelles, il ne s’agit pas de vérités et sont donc à même d’être débattues. Je vous invite à me dire en commentaire ce que vous en pensez.

2 réponses

  1. L’article est vraiment intéressant et la réflexion très constructive, merci beaucoup ! Pour la part, j’ai une petite épicerie dans un petit village, des clients m’ont déjà demandé si je vendais via internet, je leur ai dit que non car je me pose beaucoup de questions rapport à cet outil :
    – je vends des produits frais tels que du fromage, de la charcuterie … comment envoyer ce genre de produit en toute sécurité ?
    – les envois en bocaux verre, bouteilles … je ne sais pas gérer
    – Apprendre à connaître les organismes distributeurs : Colissimo, etc …
    En ce qui me concerne, vu les marges pas très grandes que je pratique pour mettre les produits des petits producteurs locaux accessibles à un maximum de personnes, j’ai une énorme amplitude de fonctionnement : 6 jours/semaine, 10h00/jour. Je me vois mal gérer en plus la gestion d’un site et la confection de colis + le dépôt vers les points d’envoi.
    Le petit commerce de proximité, beaucoup de sacrifices de vie pour souvent très peu de bénéfices (mais là n’est pas la vraie question de cet article)
    C’est clair que le digital pourrait être un domaine à creuser mais, attention, son indice carbone n’est pas non plus anodin bon, peut être moins quand même qu’une grande masse de véhicules qui circulent ?
    Ensuite, pour une TPE, la mise en place d’un site marchand est onéreux, souvent trop pour les capacités financières d’une TPE : Créateur web, mise en place et mise à jour de la base de données, conseils divers, etc … JE comprends que ce ne soit pas gratuit, tout travail mérite rémunération et il y a des secteurs économiques dédiés à cela et dont c’est leur activité principale mais il y a aussi la dure réalité du terrain.
    Bien sûr qu’il y aura un « après Covid 19 », c’est plus qu’évident, ou alors le genre humain est vraiment très crétin (oups ! pardon ! mais il est vrai que j’ai des grands doutes sur le genre humain).
    Voilà, je n’ai pas tout survolé, j’en aurait aussi un super pavé à écrire, mais je pense que vous saurez décrypter le fond de ma pensée.
    Merci d’ouvrir ce débat très intéressant.
    Cordialement,
    Patricia Dancsics gérante de « Nous sommes nés en Alsace » épicerie fine à KAYSERSBERG 68240, travaillant pour l’instant avec 27 petits producteurs locaux (qui souffrent aussi beaucoup actuellement)

    1. Merci beaucoup pour votre retour très complet et intéressant. Je comprends que cela peut être très dur (voir impossible à gérer) pour des petites structures, c’est pour cela que j’ai créé ar{REY} sur iMage, pour proposer du soutien en matière de digitalisation aux PME et TPE. Je suis personnellement très attachée à ma région et aux producteurs locaux et j’espère pouvoir les aider à se développer dans le digital, sans que cela ne nécessite des fortunes justement. Votre épicerie n’aura certainement pas un site comme Sarenza ou Amazon pour ne pas les citer, mais je suis sûre qu’une solution adaptée à vos besoins et à votre temps « disponible » existe!
      Et concernant l' »après-COVID » ma foi….. je croise les doigts tous les jours pour que cette crise serve de leçon mais concernant le genre humain ………… No Comment! 😀

      Bon courage à vous et n’hésitez pas à rester connectée 😉

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